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VANDESCA, VAISSELLE VITRIFIÉE POUR HÔTEL ET RESTAURANT
Jean-Pierre Dion
Photos: Jacqueline Beaudry Dion
(publié le 20 février 2015 sur ceramiqueduquebec.com, site aujourd’hui inaccessible)
Version corrigée et considérablement enrichie 14 juin 2025
Photo La Patrie 27 mai 1950
Photo La Patrie 27 mai 1950
CONSTRUCTION DE L'USINE
Une usine de fabrication de vaisselle pour hôtel et restaurant voit le jour à Joliette sur l’initiative de Bertrand Vanasse et de Maurice Desrochers. Vanasse, qui a étudié au séminaire de Joliette et subi l’influence artistique du Père Wilfrid Corbeil, fait l’École des beaux-arts de Montréal, obtenant son diplôme de céramiste en 1939, en même temps que Louis Archambault. Il côtoie aussi Raymond Lewis et Gaston Pépin qui seront diplômés en céramique l’année suivante.
Déjà en novembre 1939, Vanasse avait tenté, sans succès, de convaincre le conseil de ville de Joliette de supporter son projet d’établir ici une fabrique de poterie, faïence et autres objets de ce genre (Le Devoir, 4 décembre 1939). La ville était appelée à céder un établissement, le gouvernement verrait à fournir la machinerie et la formation de jeunes ouvriers suivant le plan d’ensemble d’aide à la jeunesse dit Plan Bilodeau-Rogers.
Vanasse, né en 1912, travaille pour La Poterie du Saguenay d’abord en 1940-41 puis de 1943 jusqu’à 1947 environ. L’étude de Jacques Blais (Céramag no 9, 2011) relate en détail l’histoire et la production de cette poterie située à Chicoutimi. Durant cette période, Vanasse fait un voyage de quelques mois aux États-Unis pour étudier les procédés de fabrication des grandes usines américaines. Fort de son expérience au Saguenay et de son voyage d’observation aux États-Unis, il cherche à implanter à Joliette une usine qui desservirait les hôtels et restaurants, par la fabrication de vaisselle blanche vitrifiée que ces derniers se procuraient, jusqu’à ce jour, seulement par l’importation d’Angleterre ou des États-Unis. De son côté, Maurice Desrochers (1916-2006), bachelier du séminaire de Joliette et licencié en sciences commerciales de l’École des H. E. C., avait eu la même idée, alors qu’il travaillait à la quincaillerie de son père…
C’est ainsi que Bertrand Vanasse, Maurice Desrochers et Guy Casavant, fondent en 1947[1] la poterie de Joliette qui portera le nom de Vandesca, nom formé de la première syllabe des noms de ces trois partenaires. Le conseil d’administration, formé initialement de cinq membres, sera porté à sept, lors de la réunion spéciale des actionnaires tenue le 25 août 1948 (voir la Gazette officielle du Québec du 25 septembre 1948, vol. 80, no 39). M. Desrochers est à ce moment secrétaire du conseil, poste qu’il occupera pour un certain temps. La composition du conseil d’administration de la Poterie Vandesca est la suivante en mai 1950, moment où l’envoyé spécial de La Patrie, Hervé Lépine visite l’usine et produit un reportage substantiel : président, J. Raoul Charrette; premier vice-président et surintendant de l’usine, Bertrand Vanasse; deuxième vice-président, Paul-Émile Létourneau; gérant, C.-Maurice Desrochers, directeurs, Dr. J. E. Laporte, Me Jean Fontaine, N.P. Cette liste de six membres semble incomplète, n’ayant personne comme secrétaire et le nom de Guy Casavant n’est pas inclus… un oubli sans doute.
On construit donc, sur la rue Dollard de Joliette, une usine de 60 pieds par 180 pieds. Vanasse dessine lui-même les plans de la machinerie, selon le reportage de Lépine (La Patrie, 27 mai 1950) qui ajoute que « plusieurs pièces et même des principes de fabrication mécanique sont dus à son talent et à son initiative ». Il semble que la première production de l’usine se fasse en 1949 seulement car Lépine affirme, en mai 1950, que l’usine ne fonctionne que depuis un peu plus d’un an. C’est Gaston Pépin, une ancienne connaissance de Vanasse du temps de l’École des beaux-arts, qui est l’ingénieur céramiste de l’usine; il s’occupe de la préparation des pâtes et des émaux et surveille la quantité et la qualité de la production. On y fabrique des tasses et soucoupes, des assiettes, des bols à soupes, des théières individuelles, «…enfin toute cette vaisselle que l’on est habitué de voir dans les hôtels et restaurants». Vandesca avait acquis en fin 1949 d’Émile Couture, liquidateur de la défunte Poterie du Saguenay, des moules de cette dernière : Desrochers en accuse réception dans une lettre à Couture du 3 janvier 1950, lettre citée par Jacques Blais dans l’étude ci-haut mentionnée.
[1] Le président du conseil d’administration de 1947 est J. Raoul Charrette, né en 1900, un homme d’affaires réputé de Joliette. Depuis 1982, la SNQ Lanaudière décerne annuellement le prix du développement économique Raoul-Charrette.


La Poterie Vandesca procède à une nouvelle émissison publique de billetst amortissables, d'une valeur totale de 200,000 $ et venant à échéance en février 1966. Annonce du journal Le Devoir du 26 février 1948.
Le Devoir du 20 mai 1947 indique un cout de construction de 50000 $ et prévoit la complétion du projet pour la fin de l'année.


FABRICATION DE LA VAISSELLLE VITRIFIÉE
Pépin décrit soigneusement au journaliste Lépine les diverses phases de fabrication de cette vaisselle blanche vitrifiée qu’il est utile de résumer ici pour mieux comprendre ce processus industriel.
Préparée sous forme de poudre blanche, l’argile utilisée parvient d’Angleterre et même des États-Unis. On la délaie avec de l’eau pour en faire une boue qui est ensuite tamisée. On en extraie l’eau pour obtenir une pâte ressemblant à du mastic que le malaxeur va mélanger. Elle sort de la machine sous la forme d’un gros boudin, prête à utiliser dans les moules.
La pâte est versée et pressée dans un moule de plâtre pour lui donner la forme grossière voulue, que le calibreur rectifiera par la suite avec une machine appelée calibreuse. Cela enlève le surplus de pâte et lui donne sa forme définitive.
Encore molle, la vaisselle est laissée dans son moule pour sécher 25 minutes au séchoir à rayons infrarouges. Ensuite elle est démoulée et posée sur une table tournante pour le travail de finition : arrondissement des bords, essuyage des égratignures avec une éponge. On y trace les bandes de couleurs et, pour les tasses, on intègre l’anse.
Après quelques jours de séchage à la température de la pièce, on recouvre par trempage, la pièce de sa glaçure. Encore quelques jours de séchage puis c’est la cuisson dans un four tunnel continu électrique. Les chariots transportant la vaisselle à faire cuire parcourent en une vingtaine d’heures la longueur du four qui est de cinquante pieds environ. La température de cuisson est de 2100 à 2200 degrés…Voilà enfin la vaisselle prête pour l’emballage et l’expédition aux hôtels et restaurants.

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Photos La Patrie 27 mai 1950


Suite à ce reportage de La Patrie, des sœurs de diverses communautés visitent l’usine Vandesca en juillet 1950 (voir Le Devoir du 4 juillet 1950 et la BanQ offre quelques photos des opérations en ce lieu (voir Pistard, Cote : E6,S7,SS1,P50234, P50235, P50239, P50240, P50243 et P50244, une référence portée à notre attention, il y a quelques années, par Charlantique sur le forum de l’ACCQ).
Vandesca se voit attribuer quelques contrats par le département de la défense nationale en 1953 et 1955. On retrouve ses produits chez des distributeurs de Winnipeg et un peu partout au Canada. Mais cela ne suffit pas et des difficultés financières forcent la compagnie à considerer une offre d'achat faite en novembre 1958 par la compagnie américaine Onondaga Pottery Company de Syracuse, NY. À cet effet Vandesca convoque une assemblée des détenteurs de billets amortissables pour le 11 mai 1959 (voir The Montreal Star du 16 avril 1959).
VENTE DE VANDESCA
Lors de cette assemblée, les actionnaires ratifient un règlement autorisant la distribution de la considération à être reçue pour telle vente et autorisant les directeurs de la compagnie à prendre les dispositions nécessaires pour l’abandon de sa charte. Le secrétaire Bertrand Vanasse fait paraître une annonce à cet effet dans la Gazette officielle de Québec, le 30 septembre 1959.
Suite à ces résolutions, la compagnie est dissoute par le Procureur général à compter du 30 avril 1960. Une annonce de cette dissolution parait dans la Gazette officielle de Québec en date du 2 mai 1960.
On sait que dès mai 1959, la compagnie américaine Syracuse China Corp. , de Syracuse, NY, avait complété une entente pour l’achat de la Poterie Vandesca pour l’opérer sous le nom de Vandesca-Syracuse Ltd. Le President Foster T. Rhodes annonçait alors son intention de doubler la production et d’ajouter de nouvelles lignes de produits avec décorations de toutes sortes. ( The Post-Standard, Syracuse, 15 mai 1959).


Boîte de carton d'origine, remplie de ces tasses blanches , avec la mention Vandesca-Syracuse Ltd. Joliette Quebec.
En mai 1963, une centaine de membres de la FCE, les Femmes Chefs d'Entreprise de la métropole, visitent l'usine de la Vandesca-Syracuse . On apprend que Bertrand Vanasse est encore le gérant de production de cette grande entreprise commerciale et que la vaisselle fabriquée est expédiée dans les grands hotels, les maisons d'affaire et lkes hôpitaux. Vanasse quittera ses fonctions avant 1965, pour se lancer dans la mise sur pied de la compagnie Sial
avec Beaudin et Legault, pour fournir les matières premières et l’équipement aux céramistes québécois…
Vandesca avait débuté avec une trentaine d'employés mais en 1965, on en compte une centaine. On introduit à ce moment une ligne de porcelaine commerciale, plus pesante que la porcelaine fine d'usage domestique. Elle porte le nom de Syralite et a été mise au point après plus de 40 ans de recherches par plusieurs potiers d'Europe, au dire du journal Le Devoir du 8 février 1965 . La semaine précédente, Pascal Hotels Supplies Inc. présentait en primeur cette porcelaine Syracuse avec d'autres vaisselles de Syracuse China of Canada et de Vandesca-Syracuse Ltd., de Joliette (The Gazette, 2 février 1965). Ainsi ces deux noms de compagnies co-existent dès 1965.

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La Revue L'Infirmière canadienne de 1966 (vol 62, no 4, avril 1966) écrit:
''Un nouveau catalogue vient d’être mis en circulation à l’intention des hôpitaux par Vandesca-Syracuse, Ltd, de Joliette Québec, la seule maison canadienne fabricant la vaisselle vitrifiée pour usage commercial. Il contient 24 photos en couleurs qui illustrent les différents modèles de couverts proposées et relate brièvement l’histoire de la compagnie.'' Qui saura trouver un exemplaire de ce précieux document?
Cogné et al. (Céramique de Beauce, p. 214) indiquent que Vandesca de Joliette ferme ses portes en 1994, une date confirmée dans la chronologie de Syracuse China (1871-2008) que donne le Post Standard du 10 décembre 2008, p. 44.


