POT À EAU DU ROYAL VICTORIA HOSPITAL, MONTRÉAL


Jacqueline Beaudry Dion et Jean-Pierre Dion               01/12/2025

Voici un rarissime pot à eau (broc) en faïence blanche de notre collection, portant l’inscription Royal Victoria Hospital, Montreal. Il est fait par W. T. Copeland & Sons, Stoke on Trent, England, vers 1895.


Cette note replace dans son contexte ce pot à eau en évoquant la construction de l’Hôpital Royal Victoria rendue possible grâce à la générosité de deux hommes d’affaires montréalais, natifs d’Écosse.

Cet hôpital a ouvert ses portes en décembre 1893. Il est probable que plusieurs chambres d’infirmières, construites dans l’aile ouest à l’arrière du ‘’théâtre’’ d’interventions chirurgicales, avaient un broc de ce genre. On utilisait un broc avec une cuvette pour faire sa toilette le matin.

 

On trouvait dans les cuisines les équipements les plus modernes. Son Excellence Lord Aberdeen a visité les cuisines, le jour de l'inauguration, et remarqué avec intérêt les plats, vaisselles et ustensiles, selon le journal du 2 décembre 1893 .


Voici justement une soucoupe en porcelaine portant le même logo de l’Hôpital Royal Victoria et importée spécifiquement pour la firme montréalaise Cuddy & Brodeur Co. Cette firme a été fondée en 1890 par A. N. Brodeur et S. L. Cuddy; elle fut dissoute le 1er avril 1910.  Elle annonce particulièrement la vente de porcelaine et semi-porcelaine en 1902 et 1903.

L’hôpital Royal Victoria a été inauguré en ce jour du 2 décembre 1893 par son Excellence Lord Aberdeen, Gouverneur général du Canada, et Lady Aberdeen.

Illustration tirée du journal The Gazette, 2 décembre 1893

UNE FILIÈRE ÉCOSSAISE


En 1887, à l’occasion du jubilée de la Reine Victoria, deux richissimes hommes d’affaire de Montréal, Lord Mount-Stephen et Sir Donald Smith font un don d'un million de dollars pour la construction d’un hôpital à Montréal qui porterait le nom de Royal Victoria Hospital. Ce chantier donnera pendant quelques années du travail à plus de 500 hommes de la région: 200 maçons, 80 charpentiers, 40 plâtriers, 20 plombiers, et 200 autres travailleurs; il pourra accueillir 250 patients dès son ouverture (The Gazette, 12 novembre 1891 contient une foule de détails sur la construction et les usages prévus des différentes parties du bâtiment). 


Les deux donateurs, ainsi que plusieurs intervenants,  sont d’origine écossaise.  

Illustration de The Gazette, 2 décembre 1893. George Stephen est né à Dufltown, Écosse, en 1829. Il a été président de la Banque de Montréal et président du chemin de fer Canadien Pacifique. Sir George fut ennobli par la  Reine Victoria sous le titre Baron Stephen of Mount Stephen. 

Illustration de The Gazette, 2 décembre 1893. Sir Donald Alexander Smith est né à Morayshire, Écosse, en 1821. Il a été président de la compagnie de la Baie d’Hudson, élu à la chambre des communes, et il occupait en ce jour le poste de président de la Banque de Montréal.

Illustration de The Gazette, 2 décembre 1893.Lord Aberdeen est né à Édinbourg, Écosse. Il arrive ici comme Gouverneur général du Canada en septembre 1893, une fonction qu’il exercera jusqu’en 1898.



Le plan de l’hôpital Royal Victoria a été soumis par l’architecte Henry Saxon Snell, de Londres, Angleterre.  James A. Rhind de Montréal et antérieurement de Inverness, Écosse, a agi comme architecte résident, en charge de l’opération et du design des détails de construction. C'est la firme montréalaise  Peter Lyall & Sons qui a agi comme contracteur pour le projet. Lyall est un nom très commun en Écosse dans la période 1880-1900.   



Le style d’architecture est Ecossais. Le design des bâtiments est semblable au château de Fyvie, dans le Aberdeenshire, un des rares châteaux de l'époque médiévale qui existent encore en Écosse.

Source: E. J. Chambers, The Book of Montreal, 1903, p. 41

Le pot à eau et la soucoupe portant le logo de l'Hôpital Royal Victoria demeurent un témoignage éloquent à la généreuse contribution de deux hommes d'affaires montréalais, natifs d'Écosse, permettant la construction de ce magnifique hôpital  au service de la population québécoise.