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POTERIE À SAINTE- MARIE DE BEAUCE AU 19E SIÈCLE
Jean-Pierre Dion 2026-04-27
Photos Jacqueline Beaudry Dion
On connait bien la production de Céramique de Beauce du 20e siècle. Sait-on également qu’il y avait une poterie en Beauce dès le début du 19e siècle? Voici quelques notes sur ce pan méconnu de notre histoire.
Le répertoire des artisans- potiers québécois 1655-1916, par Jacques Langlois, signale la présence du maitre potier Joseph Maillet à Sainte-Marie de Beauce de 1811 à son décès le 24 mars 1859. Il serait né à Saint-Denis-sur-Richelieu le 27 septembre 1788, un des fils de Jean Baptiste Maillet et de Marie-Amable Normandin de ce lieu. Son premier mariage, avec Geneviève Perreault, a lieu le 2 mai 1814. Langlois indique un second mariage de Joseph en date du 26 avril 1859, il faudrait lire l’année 1836.

Terrine en terre cuite commune cuisant rouge, glaçure au plomb à l’intérieur seulement, c.1780-1820. Attribué à un potier de Saint-Denis.
Collection Jacqueline Beaudry Dion et Jean-Pierre Dion, Photo J. B. Dion. Joseph Maillet a pu en faire des semblables à Sainte-Marie de Beauce.
Il ne serait pas étonnant de retrouver aussi en Beauce des jarres comme celle produite par Nicolas Prévost à Saint-Denis entre 1788 et 1827 et illustrée ci-dessous. (Voir aussi Langlois, figure 7).

Jarre à deux anses, terre cuite grossière, pâte beige rougeâtre, Atelier Nicolas Prévost, Saint-Denis, 1788-1827. Collection Jacqueline Beaudry Dion et Jean-Pierre Dion, Photo J. B. Dion.
On sait que Joseph exerçait le métier de potier à Saint-Denis-sur Richelieu en 1810 et probablement plusieurs années auparavant (Amable, un de ses frères, était potier à Saint-Denis depuis 1802). S’il est vrai que Joseph arrive en Nouvelle Beauce en 1811, il s’en absente en 1812 comme milicien de la compagnie du capitaine De Lagorgendière, installée alors à Blairfindie (région de St Jean-sur-Richelieu).
J’ai retrouvé, en effet, une lettre de Marie-Amable Normandin Maillet à son fils Joseph, datée du 10 août 1812, dans laquelle elle exhorte ce dernier à poursuivre son service militaire au-delà du 15 août au besoin et, surtout, à ne pas déserter…sous peine de briser ses liens familiaux.
Cette lettre, curieuse sous plusieurs aspects, parue dans le Montreal Gazette du 21 septembre 1812, p. 3, en dit beaucoup sur les mœurs de l’époque de la guerre de 1812; elle mérite d’être reproduite ici in extenso. On y apprend au passage que Louis, Amable et Antoine Maillet sont des frères de Joseph.

Les recherches méconnues de l’historien et archiviste Honorius Provost, ptre, publiées en 1972, révèlent plusieurs faits sur le sujet de la poterie, tirés des minutes de notaires de la région. (L’auteur indique cependant , par erreur, des parents de Joseph différents de ceux trouvés par Langlois.)
Un acte du 6 août 1813 concerne la vente d’un immense terrain voisin de l’église à Sainte- Marie de Beauce. Ce terrain contient un hangar et des fourneaux à poterie qui devront être enlevés d’ici le mois de mai prochain. La vente est de T P J Taschereau, seigneur d’une bonne partie de Sainte-Marie, à son beau-frère l’honorable Olivier Perrault. Ce dernier accorde, le 2 septembre 1813, un grand terrain de 58 pieds sur 191, faisant front sur le chemin du roi, à Joseph Maillet, maitre potier, demeurant dans la paroisse (Notaire Francois Verrault).
Le 6 avril 1814, Maillet, garçon majeur et potier dans cette paroisse, s’associe pour six ans à Pierre Gagné, menuisier, pour ‘’les ouvrages de poterie que le dit Maillet prétend faire …dans la boutique qu’ils ont maintenant ou dans celle qu’ils bâtiront…’’ Gagné fournira le bois nécessaire pour cuire la poterie, et le plomb pour plomber la dite poterie. De son côté, Maillet s’engage à montrer le métier de potier à Étienne Gagné fils…(Notaire Francois Perrault). La boutique en existence, avec fourneau à poterie, tour et moulin à poterie, est bien celle mentionnée dans l’acte de vente de Taschereau à Perrault et que Maillet et Gagné achètent de Tascherau en ce 27 avril 1814 (Notaire John Walsh).
Le 2 mai 1814, Joseph se marie à Genevieve Perrault à Saint-Marie. Elle décède le 11 aout 1832.
On trouve trace de Maillet, par la suite, avec sa boutique de poterie à divers emplacements de Sainte-Marie et il se dit encore potier en 1840, à l’occasion du mariage de sa fille ainée en octobre 1840. Plus de mention de poterie après 1840, même s’il pouvait garder le titre de potier encore en 1845. Il continue vraisemblablement à fabriquer des briques pour plus d’une décennie, laissant à son décès en 1859 ‘’la briqueterie’’ à son fils Jean. (Un Jean Maillet deviendra plus tard potier en ce lieu, et Marius Barbeau, dans Maitres artisans de chez-nous, donne plusieurs détails à son sujet, nous rappelle Louise Chamard).
Cette briqueterie avait été établie dans la décennie 1810. J’ai retrouvé dans le Montreal Gazette du 2 septembre 1818, p. 2, une note sur l'existance de la briqueterie près de l’Église paroissiale de Sainte-Marie, Nouvelle Beauce.
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Honorius Provost affirme que l’arpenteur Jean-Pierre Proulx, instrumentant à Sainte-Marie du temps de Maillet, plaçait habituellement sous ses bornes de pierre des morceaux de terrine plombée! Avis aux collectionneurs de la région!
Ainsi Joseph Maillet, de la célèbre famille des potiers Maillet de Saint-Denis, a produit de la poterie commune et de la brique en Beauce dans la période 1811-1859.
Références
Langlois Jacques. Répertoire des artisans-potiers québécois, 1655-1916, Dossier 37, Min. Affaires culturelles, Direction générale du Patrimoine, 1978.
Provost, Honorius. Une poterie à Sainte-Marie de Beauce. Quebec Histoire, vol 2, no 1, 1972, p, 62-63.