SMOLENSKI ET LES POÊLES RUSSES.

Jean-Pierre Dion                                                      5 octobre 2025


Merci à Louise Chamard du rappel de la discussion sur Smolesnki dans la brochure  de Helen Lambart : The Rivers of the Potters, Ottawa, Musées nationaux du Canada, 1970. Lambart en produira une version française en 1975, sous le titre Les potiers et leurs rivières. Il s’agit d’une étude fort originale, très fouillée et qui constitue une lecture des plus passionnantes.


J’ajoute à cette étude sur les poêles russes et sur Smolenski quelques détails curieux tirés des journaux de l’époque.


LE PRINCIPE DE CHAUFFAGE DU POÊLE RUSSE


D’abord comment fonctionne un poêle russe? A cette question précise, le Montreal Gazette du 13 janvier 1819, p. 2, y répond succinctement ainsi (trad.) : ‘’Un poêle russe est constitué d’une centaine de briques, qui, une fois chauffées suffisamment, vont diffuser assez longuement et à peu de frais une chaleur bénéfique dans toute une pièce’’. Ainsi les briques chaudes distribuent la chaleur dans la pièce, un peu comme nos calorifères remplis d’eau chaude irradient la chaleur dans la maison…


De son côté, l’ouvrage de Mme Rigby Eastlake, Letters from the Shores of the Baltic (London 1844, p. 40 et 41) en fournit une description élaborée, insistant sur la façon de l’utiliser correctement. Il faut impérativement, dit-elle, attendre que le bois soit bien brulé et qu’il ne reste que les tisons ardents avant de fermer complètement l’ouverture de la cheminée. Dans 6 heures la température du poêle sera alors à son maximum.


        ''’Each stove will hold a heavy armful of billet, which blazes, snaps, and cracks most merrily ; and when the ashes have been carefully turned and raked with what is termed an Ofen Gabel, or stove-fork, so that no unburnt morsel remains, the chimney aperture is closed over the glowing embers, the brass doors firmly shut, and in about six hours after this the stove is at the hottest. ‘’


Il est intéressant de constater que déjà en février 1830, la Quebec Literary and Historical Society illustre un modèle amélioré de ce poêle, avec des dessins et sections, pendant qu’on lit une description détaillée de ce modèle jugé si désiré face au climat du pays (Montreal Gazette, 8 février 1830, p.2). Il s’agit sûrement ici de la présentation du juge en chef Sewell à cette société, que Lambart attribue à l’année 1831. Lambart reproduit l’allocution du juge en chef qui explique le mode de fonctionnement de ces poêles.

Montreal Gazette, 8 février 1830, p.2

AVANTAGE DU POÊLE RUSSE DE SMOLENSKI


Que dit-on des avantages du poêle russe de Smolenski? Voici un texte  méconnu du 19 septembre 1839 (Montreal Gazette, p. 2)) sur les essais et succès de Smolenski au Québec.


Il y a une année ou deux, dit-on, M. Smolenski, natif de Pologne, ayant constaté les inconvénients du poêle de métal et son cout exorbitant au niveau du combustible, s’affairait à produire un poêle russe, à la manière de ceux utilisés dans le nord de l’Europe. À l’aide de potiers talentueux qui produisirent des briques et tuiles appropriées, il réussit au-delà de toute espérance à fabriquer de tels poêles.


M. Burroughs, un des protonotaires, qui avait la charge du palais de justice (Court House), lui permit de placer deux de ses poêles dans la salle de la Cour du Banc du Roi (Court of King’s Bench), pour fin d’évaluation de ses performances au niveau de la répartition de la chaleur et des coûts de chauffage. Il s’agit ici d’une immense salle de 60 x 40 x 18 pieds avec 10 grands fenêtres. Pourtant, les deux poêles ont chauffé adéquatement cet espace durant le mois de février 1839 en utilisant seulement une corde de bois (les poêles de métal auraient utilisé 5 à 7 cordes de bois pour cette même tâche). Totalement satisfait, M. Burroughs en fit installer deux autres à la Cour d’Appel et ordonna une étude d’utilisation de bois sur 250 jours (10 cordes de bois seulement furent nécessaires). Voici la version complète de ce texte (en anglais).

Article sur Smolenski et ses poèles russes, tiré du journal Montreal Gazette du 19 septembre 1839, p. 2.

UNE MANUFACTURE DE BRIQUES À L’ILE D’ORLÉANS


Les poêles russes utilisent des briques et Smolenski va construire en 1845 une manufacture de brique sur l’Ile d’Orléans. En juillet 1845, Smolenski , un refugié polonais qui habite à Québec, dit le Montreal Gazette du 10 juillet 1845, p. 2, a déjà commencé la production de briques en ce lieu. Ce dernier détient des brevets pour la fabrication de poêles russes qui méritent bien leur popularité …

Un mois plus tard on apprend par le même journal que les progrès sont lents et des délais dans la construction de la manufacture affectent la production de briques mais les essais de fabrication de tuiles sont prometteurs (Montreal Gazette, 14 août 1845, p. 2).


En fait, Messieurs Smolenski et Aubin sont en 1845 les propriétaires de la manufacture de briques de l’ile d’Orléans. Ils ont reçu une avance de fonds de £500 du Comité de Secours du grand feu de Québec du 28 mai dernier et s’apprêtent à lui livrer une grande quantité de briques de dimension 12, 6 et 3, au prix de £6 (Montreal Gazette, 2 octobre 1845, p. 2).

 

PÉTITION DE SMOLENSKI


En janvier 1849, Joseph Smolenski (de Montreal?) présente à la Chambre une pétition pour favoriser l’utilisation de ses calorifères (poêles russes) dans les édifices du Parlement


Mais, en mars 1849,  le comité gouvernemental chargé de l’étude de cette pétition juge qu’il n’est pas opportun d'adopter, pour la session actuelle,  ces calorifères brevetés / poêles russes . 

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Montreal Gazette, 26 janvier 1849, p. 2

Montreal Gazette, 16 mars 1849, p. 2


Selon Lambart, Smolenski, découragé, quittera le pays peu après. Karl Mederschein poursuivra la production de poêles russes au Québec (voir Lambart  qui en donne quelques étapes).